Une étiquette de bière se dessine souvent en une soirée : un nom, une couleur, un dessin. Puis vient la question qui fâche, au moment de passer chez l’imprimeur : que doit-on obligatoirement écrire dessus ? La réponse dépend d’abord d’une distinction simple, entre la bière que l’on offre et celle que l’on vend.
Pour un brassin offert aux amis, la liberté est presque totale
Un brasseur amateur qui étiquette ses bouteilles pour un mariage ou un anniversaire n’est soumis à aucune obligation d’étiquetage commercial, puisqu’il ne met rien sur le marché. Il peut tout se permettre graphiquement. Mais rien n’empêche de reprendre les bonnes pratiques des pros, ne serait-ce que pour ses invités : indiquer le degré d’alcool, au moins approximatif, et signaler la présence d’orge ou de blé pour les personnes intolérantes au gluten.
C’est aussi le terrain de jeu des générateurs d’étiquettes en ligne. Le site guinee44.fr en propose un, à côté d’autres petits outils autour de la bière ; ce type d’outil sert à trouver une mise en page et à la tester sur bouteille avant d’imprimer. Il ne vérifie pas pour vous la conformité réglementaire, et ce n’est pas son rôle.
Dès qu’il y a vente, l’étiquette devient un document réglementé
Le cadre de base est le règlement européen n° 1169/2011, dit règlement INCO, sur l’information du consommateur. Pour une bière vendue en France, on retrouve sur l’étiquette un socle de mentions :
- la dénomination de vente (bière, bière sans alcool, etc.) ;
- le titre alcoométrique volumique acquis, exprimé en « % vol. », pour toute boisson titrant plus de 1,2 % ;
- le volume net (33 cl, 75 cl…) ;
- les allergènes, mis en évidence dans le texte (orge, blé, avoine selon la recette) ;
- la date de durabilité minimale, sous la forme « à consommer de préférence avant… » ;
- le numéro de lot et le nom ou la raison sociale avec l’adresse de l’exploitant responsable.
Ces mentions ne peuvent pas être écrites en caractères minuscules : le même règlement impose une hauteur de x d’au moins 1,2 mm pour les mentions obligatoires, ramenée à 0,9 mm sur les petits emballages. Sur une étiquette de 33 cl chargée d’illustrations, c’est souvent la place qui manque, et il faut la prévoir dès la maquette plutôt que de tasser les mentions en bas à la dernière minute.
S’y ajoute une particularité française : le message à destination des femmes enceintes, sous forme de pictogramme ou de phrase, obligatoire sur toutes les boissons alcoolisées depuis 2007.
Rappelons enfin que l’étiquette n’est qu’une partie du sujet : vendre de la bière, même en petite quantité, suppose d’être déclaré auprès des douanes, qui perçoivent les droits d’accise. Un brasseur qui démarre a intérêt à régler ce point avant de penser au graphisme.
Ce qu’on croit obligatoire et qui ne l’est pas, ou pas encore
Deux idées reçues reviennent souvent. La première concerne la liste des ingrédients et le tableau nutritionnel. Le règlement INCO en dispense les boissons titrant plus de 1,2 % d’alcool. Le vin y est désormais soumis, par un texte européen spécifique applicable aux vins produits depuis décembre 2023, mais la bière n’est pas concernée par cette évolution à ce jour. Beaucoup de brasseurs affichent malgré tout leurs ingrédients, par choix de transparence, et c’est une démarche que les clients remarquent.
La seconde touche aux calories. Leur affichage n’est pas imposé pour la bière, mais certains producteurs l’indiquent volontairement. Si vous le faites, le calcul doit être sérieux : l’alcool à lui seul apporte environ 7 kilocalories par gramme, ce qui pèse lourd dans le total d’une bouteille.
Quand le visuel entre en conflit avec la loi Evin
Le dessin, lui, n’est pas totalement libre non plus. La loi Evin de 1991 encadre la publicité pour l’alcool en France, et une étiquette fait partie de la présentation du produit. Les représentations qui associent la boisson à la performance sportive, à la séduction ou à la réussite sociale posent problème, tout comme celles qui pourraient attirer particulièrement les mineurs : univers de dessin animé, personnages enfantins, couleurs de confiserie.
Le cas se présente plus souvent qu’on ne l’imagine chez les petites brasseries, qui misent sur l’illustration pour se démarquer en rayon. Une mascotte rigolote peut faire tout le charme d’une gamme ; elle devient risquée si elle ressemble au héros d’un dessin animé pour enfants.
Comment éviter de réimprimer tout un tirage
Avant de lancer une impression, faites relire le fichier final par quelqu’un qui ne l’a jamais vu, avec la liste des mentions sous les yeux. Les erreurs typiques sont rarement des oublis complets ; ce sont un degré arrondi différemment sur deux cuvées, un allergène écrit en même graisse que le reste, un logo femme enceinte réduit au point d’être illisible, une adresse d’exploitant qui n’est plus la bonne après un déménagement.
Et si un doute subsiste sur une mention, la direction départementale chargée de la protection des populations (DDPP, ou DDETSPP selon les départements) répond aux questions des professionnels. Un courriel envoyé avant l’impression coûte moins cher qu’un tirage de plusieurs milliers d’étiquettes à refaire.
